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L’ubérisation : un passage obligé ?

UBERISATION, ce terme repris partout dans les médias fait trembler tous les secteurs. Mais que désigne ce néologisme né du nom de la société californienne à succès Uber ?
En quoi l’ubérisation est devenue la préoccupation principale des dirigeants?

Maurice Lévy, patron de Publicis, est le premier à avoir popularisé le terme dans son interview de 2014 accordé au Financial Times. Il n’existe actuellement pas de définition officielle mais l’ubérisation renvoie à l’apparition de nouveaux concurrents qui viennent bouleverser une activité économique traditionnelle. On emploie aussi le terme disrupter. Cette nouvelle forme de concurrence est très nettement favorisée par le numérique.

La société Uber, d’où provient le terme, et son service à prix cassés dans le secteur du transport en est le parfait exemple. Son business model a battu tous les records, tout en mettant en péril l’ensembled’une profession: les chauffeurs de taxi. Dans d’autres secteurs, nous pouvons souligner les performances d’Airbnb dans l’hôtellerie ou de Deezer ou Spotify dans la musique.

Beaucoup d’acteurs historiques et de patrons sont inquiets face à l’ubérisation, de peur que de nouveaux entrants viennent bouleverser également leur secteur. Ce tsunami numérique redessine considérablement les marchés traditionnels car l’objectif de ces nouveaux concurrents est de réduire au maximum les intermédiaires via leur plateforme en ligne et autres services numérique. Michel Bauwens, théoricien de l’économie, explique : « qu’il s’agit plutôt d’une mise sur le marché des ressources qui n’étaient pas utilisées ».

Depuis plus d’un an, nous voyons une large partie de l’économie « se faire ubériser ». L’Observatoire de l’Ubérisation dresse d’ailleurs une cartographie des secteurs ubérisés.

 

Les assureurs risquent-ils d’être ubérisés à leur tour ?

L’assurance est avant tout un marché très règlementé. La mise en application de la Directive sur la Distribution d’Assurances (DDA) risque de rendre ce secteur difficilement ubérisable.

Après trois années de gestation, la DDA a été rendue officielle par le parlement Européen le 2 février dernier. Celle-ci réorganise en profondeur les pratiques de la distribution d’assurances et de réassurances en France et en Europe. L’objectif étant d’harmoniser le marché de l’assurance et de permettre à tous les consommateurs européens de souscrire à des contrats d’assurance sur un pied d’égalité. Son application en droit français sera effective le 23 février 2018.

La DDA vise à assurer un niveau de protection égal pour l’ensemble des acteurs du marché de l’assurance : clients, entreprises d’assurances, intermédiaires et autres acteurs commercialisant des produits d’assurances tels que les banques et les agences de voyage.

Les principaux dispositifs qui risquent de compliquer l’ubérisation du marché sont les règles relatives à la protection du consommateur. La DDA impose, en effet, un devoir de transparence et de conseil. L’ensemble des distributeurs ont ainsi pour obligation de fournir des informations objectives et de meilleures qualités sur le contrat d’assurance.

Cette nouvelle directive annonce de profonds changements pour tous les réseaux distributeurs car le contrôle sur leur mode de rémunération va s’intensifier.

En clair, à travers ces nouvelles modalités, la DDA, permet à la France de préserver son modèle traditionnel de distribution des produits.

Néanmoins, il est judicieux de surveiller de très près les acteurs du numérique. Par exemple, l’investissement de 13 millions de dollars du capital-risque Sequoia Capital (groupement Google, Apple, Airbnb etc.) en début d’année dans Lemonade. Cette startup est la première plateforme peer-to-peer d’assurance dont le fonctionnement repose sur le fait que les assurés se regroupent pour payer des primes de manière mutualisée.

 

L’ubérisation est-il un tremplin ou un piège pour nos secteurs ?

D’un point de vue consommateurs, l’ubérisation est une aubaine. On retient principalement les avantages prix, l’amélioration des services ou encore la transparence et l’optimisation de la relance client grâce aux systèmes de notation.

Néanmoins, l’ubérisation comporte également quelques désavantages. Les salariés pointent du doigt, entre autre, la disparation du CDI. Idem pour l’encadrement du droit de travail : quelles garanties pour les indépendants sous cette nouvelle économie numérique ? Comment remplacer ces emplois ubérisés ? Comme exemple, nous pouvons citer la suspension d’activité et le redressement judiciaire de Take Eat Easy, le service de livraison à vélo de restauration à domicile. Les plus de 2 000 coursiers, tous rémunérés en indépendants se sont retrouvés du jour au lendemain sans travail et revenu. Un collectif de livreurs s’est constitué pour porter plainte contre la start-up, leur objectif estd’obliger toutes les plateformes collaboratives à leur assurer une protection sociale.

Comme n’importe quelle révolution, numérique ou industrielle, l’ubérisation laisse des questions sans réponses et suscite des avis partagés.  Véritable source d’opportunités ou non pour l’économie, nous n’en verrons les effets qu’à plus long terme.

En somme, l’ubérisation de tous les marchés ne doit pas être vue comme une obligation. Il s’agit avant tout d’une évolution de marché à travers laquelle les organisations doivent avoir le choix de s’aligner ou non.. Quelle nouvelle préconisation pour tous les acteurs impliqués que de mener une veille active afin de maintenir leur avantage compétitif et anticiper toutes évolutions (ubérisation ou non).

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