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La digitalisation des galeries d’art traditionnelles

La FIAC commence ce soir avec le vernissage de l’Officielle Hors les murs. Pour l’occasion nous nous intéressons aux différents métiers du secteur de l’art.
Notre étude « Art Trade Report » révélait la montée en puissance de la vente d’art en ligne. Lors de l’événement de lancement autour de notre étude sur l’ADN de l’entrepreneur, Abdel Bounane de la société Bright nous présentait l’art numérique..

Dans un contexte artistique en pleine évolution, quelle est la place des galeries « traditionnelles » ? Comment s’adaptent-elles à ces nouveaux modes de communication et de distribution ?
Nous avons eu le plaisir d’interviewer Jean-Pierre Risch-Fisch, Membre du Comité Professionnel des Galeries d’Art (CPGA) et directeur de la galerie J. P. RITSCH-FISCH à Strasbourg.

Hiscox : Pouvez-vous nous en dire plus sur vous et votre entreprise ?

J.P. Ritsch-Fisch : J’ai commencé ma collection d’œuvre d’art à l’âge de 16 ans avec un billet de 500 Francs, c’était beaucoup pour moi à l’époque, j’ai travaillé dur pour me payer mes premières œuvres. Je suis avant tout un collectionneur, j’ai d’abord travaillé dans l’entreprise familiale pendant de nombreuses années avant de décider de monter ma galerie. Depuis 19 ans maintenant je vis de ma passion.
Ma galerie est spécialisée dans l’art brut historique et les autodidactes, au sens de Dubuffet :
« des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, a peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écritures, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode »
Ma galerie fait partie des 5 premières mondiales dans sa spécialité. Notre clientèle est principalement étrangère, des institutions, des musées et des collectionneurs privés. Je me spécialise dans les œuvres d’exception. 

Pensez-vous que le digital a changé votre secteur ? 

Bien sûr ! Le digital permet de promouvoir la galerie au delà des frontières physiques. Nous pouvons toucher de nouveaux clients dans le monde entier. Il permet d’échanger beaucoup plus rapidement, tout est dans l’instantanéité aujourd’hui. 

Que faites vous pour vous y adapter ?

Concrètement j’ai un site internet sur lequel je présente ma galerie, les expositions que j’organise ou celles auxquelles je participe, les œuvres qui seront présentées lors des événements et foires internationales… Je communique également via Facebook pour annoncer les événements, inviter mes clients aux vernissages, ça nous permet une plus grande proximité.

Le web sert de vitrine à ma galerie. Il me sert également dans mes recherches de nouvelles pièces.
Je vends assez peu sur internet. Mes clients sont internationaux, l’avantage avec internet c’est que les amateurs peuvent voir vers quoi ils aspirent. Ils se rendent sur mon site et voient une œuvre qui pourrait leur correspondre. Nous pouvons ensuite communiquer par mail. J’essaie alors de cerner les manques à combler dans leur collection et je leur présente les œuvres qui pourraient leur convenir selon moi. J’ai un très grand nombre de livres et de références dans mon domaine, ce qui me permet d’être également contacté pour des recherches.

Ensuite, je me déplace partout dans le monde pour présenter mes œuvres aux collectionneurs. Pour moi le contact humain reste quand même très important. La notion de relationnel compte beaucoup, le digital reste trop froid. La rencontre permet également le cross et le up sell puisque je présente plusieurs œuvres correspondant aux attentes de mon client. De même certains d’entre eux viennent directement à la galerie deux à trois fois par an. Dans ce cas, je fais un montage spécialement pour leur présenter mes dernières acquisitions, c’est là encore l’occasion d’entretenir la relation. 

Pourquoi continuer à vous rendre à des événements comme la FIAC ?

Je participe à 5 à 6 foires par an. Ce sont des événements incontournables. Il y a un nombre incalculable de foires et d’événements dans le monde de l’art, les collectionneurs et les galeristes doivent faire des choix. Ils se déplacent donc sur des événements comme la FIAC, Bâle, New York… Dans ces grands événements le nombre de galeries candidates pour exposer est exponentiel mais le nombre d’admis est très restreint. La sélection est rude, c’est ce qui attire les collectionneurs du monde entier. Ils savent ce qu’ils y trouveront « les galeries qui comptent ».

Nous commençons à préparer une foire comme la FIAC un an à l’avance. C’est un lieu incontournable pour nous, les foires nous apportent une grande visibilité.
Cette année nous y présenterons des œuvres de A. C. M., Paul Amar, Henry Darger, Hervé Bohnert, Aloise Corbaz, Mamadou Cissé, Kazumi Karmae, Hideoki Yoshikawa, Terao, Mitsuru Tateishi, Augustin Lesage et André Robillard.

Nous pouvons le lier là encore au digital puisque nous observons un pic d’activité sur le site de la galerie de 6/8 semaines avant, pendant et après chaque événement.

Avez-vous vu émerger de nouveaux acteurs et de nouvelles formes d’art avec le digital ?

Oui, de nombreuses sociétés se sont créées en ligne, de ventes aux enchères ou conseils.  Beaucoup se sont lancées mais comme dans toutes les industries peu resteront. 

Les nouveaux entrants ne doivent pas prendre le monde de l’art pour un eldorado.
Je trouve ça positif puisque ça élargit le marché, ça permet à des gens qui n’ont pas forcément les moyens matériels ou physiques de se déplacer jusque dans une galerie d’acheter de l’art. Ce type de site permet également de commencer, « mettre le pied à l’étrier » comme je l’ai fait à l’âge de 16 ans avec 500 Francs. Ces personnes pourront ensuite trouver leur voie vers un certain domaine de l’art et s’orienter vers des spécialistes. La vente en ligne marche très bien pour des œuvres jusqu’à 1500 – 2000€ mais au delà les gens ont encore besoin de voir l’œuvre en réalité.
D’autres sociétés fonctionnent avec un système de code d’accès pour pouvoir accéder aux œuvres proposées, ils cultivent ainsi le sentiment d’exclusivité, de club de privilégiés.

Les acheteurs peuvent également comparer les prix et les collections des galeristes en ligne. Je trouve ça très positif, la concurrence est positive.
Je fais en sorte d’avoir des œuvres d’exception et je suis spécialisé dans un domaine très particulier c’est pour cela que je n’ai pas vraiment peur de la concurrence. Les galeries généralistes souffrent plus de ces nouveaux acteurs.

Au niveau des artistes, j’ai pu observer récemment des installations d’art digital dans des expositions et des foires. Comme la photo ou la vidéo c’est intéressant, c’est une nouvelle forme d’art. L’art est en perpétuel mouvement, il reste encore beaucoup de choses à développer. Quelques artistes dans le monde se démarqueront certainement dans ce domaine et ils apporteront quelque chose de réellement nouveau.

Mais attention avec le digital la vitesse de l’information s’accélère. Les collectionneurs ont sans cesse besoin de nouveauté ce qui laisse la porte ouverte à des malversations. Certaines galeries ou places de marché sans scrupule font monter très vite la cote d’artistes inconnus qui deviennent des super stars pour ensuite redevenir inconnus quelques mois plus tard.
Il faut rester très vigilant et toujours chercher à repérer les vrais artistes, ceux qui transmettent une émotion.

Prévoyez-vous de travailler avec eux ?

Mes artistes sont des autodidactes, ils ont peu d’éducation et maitrisent mal les moyens de communication. J’ai du mal à les imaginer se servir du digital comme support de création.
De plus les acheteurs sont en général à la recherche d’œuvres historiques. Mais c’est dans le domaine du possible. J’attends de découvrir l’artiste qui sera capable de faire preuve de créativité brute à travers le digital.

Pour ce qui est de faire appel aux nouveaux acheteurs via des plateformes de vente aux enchères en ligne, pourquoi pas. Ces techniques de vente peuvent être un moyen de mieux communiquer et de promouvoir des artistes qui mériteraient d’être plus connus. Je suis ouvert à toutes les opportunités.

Quels sont les challenges auxquels vous devez faire face ? 

Répondre aux attentes de mes clients : les œuvres d’exception à vendre sont de plus en plus rares. J’ai beaucoup de travail de recherche pour trouver de nouvelles œuvres à proposer.

Par rapport à l’évolution du marché, je ne fais pas partie de la génération née avec le digital, je n’ai pas la formation pour. J’ai décidé de me faire aider pour m’adapter au mieux, de cette façon, je sais que cela sera bien fait. Je fais appel à une agence pour le design et la mise à jour de mon site internet pour qu’il soit actif  et pour mettre en valeur notre activité. Facebook j’essaie de m’y mettre et une collaboratrice est en charge de sa gestion lorsque nous devons lancer des invitations.  

Le futur de l’art c’est quoi selon vous ? 

Une œuvre devient une œuvre d’art à partir du moment où elle modifie la perception que l’on a de cette œuvre. Il faut qu’elle fasse passer un sentiment, qu’elle dérange, qu’elle interpelle, si elle est trop facile il ne faut pas s’y attarder. Nous avons besoin de collectionneurs visionnaires, de dénicheurs de talents, pour faire confiance aux précurseurs qui apporteront réellement quelque chose, dans toutes les formes d’art.

L’art digital est un art comme un autre, les gens ont besoin de tiroirs, on dit l’art digital comme on dit l’art brut. L’art s’impose de lui même, l’art digital se fondra dans l’art sans avoir besoin d’être mis dans un cadre.

Il y a deux sortes d’amateurs : ceux qui achètent avec les yeux et ceux qui achètent avec les oreilles. Ceux qui achètent avec les oreilles ont de mauvaises collections. Ne faites pas confiance aux tendances ou aux cotes des artistes. L’important c’est le talent et ce que vous ressentez devant une œuvre d’art.

Merci à Jean-Pierre Risch-Fisch pour son témoignage, retrouvez-le à la FIAC du 21 au 25 octobre !

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Crédit photo : Henry Darger – Portrait of a Vivian girl

 

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