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Interview de Stéphane Marchand : vers un nouveau paradigme de l’emploi

Avec l’arrivée des nouvelles générations, des nouvelles pratiques comme le télétravail et de la transformation digitale des entreprises, c’est tout le monde de l’emploi qui est en pleine mutation. De nouvelles formes de travail se développent, comme des espaces de coworking ou des systèmes de management collaboratifs qui viennent bousculer la hiérarchie pyramidale traditionnelle. Nous avons interrogé Stéphane Marchand, délégué général de l’association Entreprise et Progrès, sur sa vision du travail à l’heure actuelle.

Avant l’emploi rimait avec carrière, maintenant il rime avec ?

Stephane_MarchandIl rime avec désarroi parce que la sécurité de l’emploi est devenue une chimère dans la réalité mais pas dans le discours officiel. L’idée de faire carrière dans une seule entreprise n’a presque plus aucun sens, mais ce fantasme a la vie dure, ce qui dissuade les salariés de  se concentrer sur l’essentiel, l’employabilité, c’est-à-dire le maintien au plus haut niveau possible de l’adéquation entre les compétences du salarié et celles que demande ou demandera  le marché. Un discours plus réaliste sur la « fin du CDI » permettrait d’aller plus vite dans cette révolution culturelle.

Qu’est-ce qui change pour la génération Y ou Z par rapport à la génération X quand on parle de carrière ?

La génération Y a intégré le basculement irréversible dans une certaine forme de précarité qu’elle cherche à optimiser. Elle a complètement abandonné le concept de carrière. Sa loyauté ne va plus à l’entreprise mais au projet que celle-ci lui propose. Les entreprises sont donc obligées à leur tour de modifier leur offre en tenant compte de cette  « infidélité » structurelle et de prendre en compte les exigences nouvelles de connexion et de protection du temps de loisir.

L’ancienneté dans une entreprise est-elle dépassée ?

On sait que désormais, quatre générations vont parfois cohabiter dans la même entreprise. L’ancienneté va conserver de l’importance en raison de la nécessité de transmettre les savoirs. Mais ce « mentoring » va de plus en plus fonctionner dans les deux sens. Les plus jeunes vont former les plus anciens aux technologies et aux nouveaux modes de communication. L’ancienneté ne sera plus une domination.

Que pensez-vous de l’augmentation du nombre de freelances et entrepreneurs ?

Il y a fort à parier que les indépendants, free lance , auto-entrepreneurs et autres vont être de plus en plus nombreux car les embauches en CDI sont jugées trop coûteuses par les entreprises. En outre, les technologies rendent ce mode de travail possible. Ce statut est porteur à la fois de liberté et de précarité. Aucune garantie de revenu. Il faudra réinventer entièrement notre système social pour que ces indépendants soient protégés, un peu comme les intermittents du spectacle.

Le travail en hiérarchie sera-t-il complètement remplacé par le travail collaboratif ?

La notion de hiérarchie ne va pas disparaître mais elle va évoluer. Dans l’entreprise pyramidale verticale de type taylorienne, il faut un chef pour garantir que chacun va effectuer la tâche qui lui a été assignée. Il faut serrer les boulons. Dans l’entreprise du futur, plus horizontale, instable, en réseau, plus besoin d’un chef, mais plutôt d’un animateur, d’un passeur, d’un mentor, pour que l’information circule dans le réseau car c’est elle qui créer la valeur. Donc moins de hiérarchie mais plus de management.

Selon vous, peut-on vraiment inventer le job qui nous convient ?

A cause des habitudes de connexion, le mélange sera de plus en plus fort entre vie privée et vie professionnelle. Il est donc crucial que la satisfaction soit au rendez vous. Les possibilités sont immenses, mais il y a une une limite : pour garantir une rémunération décente, il faudra passer sous les fourches caudines d’un employeur.

Beaucoup de jeunes actifs veulent de la liberté et de la flexibilité dans leur emploi. Mais sont-ils plus heureux ?

Contrairement à l’ancienne vision paternaliste de l’entreprise, le travail n’est pas censé rendre heureux. Il ne faut pas mélanger les genres car cette confusion mène à des pathologies psychologiques. Les jeunes actifs ne sont pas moins heureux, ils sont plus réalistes.

D’après vous, que peut faire l’éducation et le gouvernement pour motiver les jeunes à entreprendre ?

C’est un travail énorme car la société française est fondée sur la promesse ( absurde) implicite d’un risque zéro. Or entreprendre , c’est prendre des risques (contrôlés). Réhabiliter le risque demanderait un effort pédagogique considérable dés le plus jeune âge,  notamment pour enseigner les vertus de l’échec. Cela dit, la situation de l’emploi est si dégradée, les aspirations des jeunes sont si éloignées de ce que proposent les grandes entreprises, que beaucoup se lancent quand même dans l’aventure. Les jeunes avancent plus vite que le système.

Merci Stéphane pour votre témoignage !

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